Pastoralisme au Sahel : restaurer les terres, consolider la résilience et investir dans les acteurs pour les dix prochaines années

À la COP17 de l’UNCCD à Oulan-Bator, le CILSS, la Banque mondiale, le RBM et le CIRAD dressent le bilan d’une décennie d’investissements et appellent à un nouveau cycle d’action en faveur des communautés pastorales et agropastorales.

Dans le cadre de la 17ᵉ session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD COP17), le CILSS, en partenariat avec la Banque mondiale, le Réseau Billital Maroobè (RBM) et le CIRAD, a organisé le 20 août 2026 à Oulan-Bator un événement parallèle consacré à une question stratégique : « Une décennie d’action en faveur des communautés pastorales : bilan et voies d’avenir »

Cette rencontre prend une dimension particulière dans le contexte de l’Année internationale des parcours et des pasteurs (IYRP 2026) et de la COP17, placée sous le thème « Restoring Land. Restoring Hope. ». Elle a permis de revenir sur une décennie d’investissements en faveur du pastoralisme, depuis les engagements de N’Djamena et de Nouakchott de 2013, et d’examiner les perspectives ouvertes par Nouakchott+10. 

Le pastoralisme, une réponse aux défis climatiques et environnementaux

Les échanges ont rappelé que, dans les zones arides et semi-arides, le pastoralisme est bien plus qu’un mode de production animale. Il constitue un système de gestion des territoires fondé sur la mobilité, l’adaptation à la variabilité des ressources et la valorisation des écosystèmes. 

La mobilité permet aux éleveurs d’adapter l’utilisation des pâturages et des ressources en eau aux variations saisonnières et climatiques. Elle contribue ainsi à la résilience des communautés, mais aussi au maintien des équilibres écologiques et de la biodiversité.

Le secrétaire exécutif du CILSS, Dr Abdoulaye Mohamadou, a ainsi rappelé la contribution du pastoralisme à une exploitation différenciée et régénérative des parcours, au maintien des équilibres écologiques et au renforcement de la résilience des écosystèmes.

Dans cette perspective, la restauration des terres ne peut être pensée indépendamment des populations qui vivent et travaillent sur ces territoires. Restaurer les parcours, c’est aussi sécuriser leur accès, préserver la mobilité et renforcer les capacités des communautés à les gérer durablement.

Une décennie d’investissements, une nouvelle étape à franchir

Plus d’un milliard de dollars ont été mobilisés au cours de la dernière décennie pour renforcer les infrastructures et services pastoraux et agropastoraux : points d’eau, couloirs de transhumance, marchés à bétail, services vétérinaires, parcs de vaccination, systèmes d’information et mécanismes de gestion des ressources naturelles. 

Le Directeur du Climat à la Banque mondiale, Jamie Ferguson, a souligné que cette décennie avait également été une période d’apprentissage pour les partenaires du développement : il ne s’agit plus seulement de mesurer ce qui a été construit, mais de comprendre comment les investissements peuvent produire des effets durables dans un environnement marqué par le changement climatique, l’insécurité et la pression croissante sur les ressources.

Ces investissements ont produit des acquis importants. Mais, comme l’ont souligné les participants, le défi est désormais de garantir leur fonctionnalité et leur durabilité dans un contexte marqué par les changements climatiques, l’insécurité, la pression foncière et la fragmentation des espaces pastoraux et agropastoraux.

C’est précisément le message porté par le président du RBM, Boureima Dodo. Pour le Réseau, la prochaine décennie doit dépasser une approche centrée sur les seules infrastructures pour investir davantage dans la gouvernance, les organisations pastorales, les services économiques et la sécurisation des territoires. 

« Une infrastructure pastorale et agropastorale sans gouvernance est un investissement fragile. »

Cette conviction résume un enjeu essentiel : un point d’eau, un marché ou un couloir de transhumance ne peut produire durablement ses effets sans règles de gestion, mécanismes de concertation, entretien, accès équitable et dispositifs de prévention des conflits. 

Une nouvelle génération d’investissements

Le RBM plaide ainsi pour une nouvelle génération du PRAPS, capable non seulement de consolider les investissements réalisés, mais aussi de créer les conditions de leur durabilité économique, institutionnelle et territoriale.

L’enjeu est désormais de renforcer l’ensemble de l’écosystème pastoral : services vétérinaires, accès aux intrants et à l’aliment du bétail, information, financement, transformation, commercialisation et accès aux marchés. 

Cette nouvelle étape doit également mieux reconnaître le rôle des organisations pastorales. Elles ne sont pas seulement des structures de représentation : elles sont aussi des acteurs économiques, des fournisseurs de services et des institutions capables d’accompagner durablement les communautés.

Comme le souligne Boureima Dodo, lorsqu’un projet s’achève, l’organisation pastorale demeure. Elle continue à produire de l’information, accompagner les communautés, prévenir les tensions et dialoguer avec les institutions. 

Dans cette logique, le RBM mise également sur la diversification des instruments de financement, notamment à travers le projet régional porté dans le cadre du GAFSP – Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire. Cet instrument doit contribuer à compléter les grands investissements structurants en renforçant les organisations pastorales et les services économiques au bénéfice de leurs membres. 

Restaurer les terres, sécuriser les mobilités et consolider la paix

Pour les acteurs pastoraux, les enjeux environnementaux, climatiques et de paix sont étroitement liés.

Dans les territoires sahéliens, restaurer les parcours signifie aussi restaurer les conditions de mobilité, sécuriser l’accès à l’eau et aux pâturages, renforcer la gouvernance des ressources et prévenir les conflits. 

Cette approche rejoint pleinement l’esprit de la COP17 et de l’IYRP 2026 : faire des parcours et de leurs communautés des acteurs de la restauration des terres, de l’adaptation au changement climatique, de la biodiversité et de la résilience des territoires.

Elle implique également d’investir dans les jeunes et les femmes, de rendre les métiers pastoraux plus attractifs et de renforcer les opportunités économiques liées au lait, à la viande, à la transformation, aux services et au commerce. 

Investir avec les pasteurs et à travers leurs organisations

Au terme des échanges d’Oulan-Bator, un message politique majeur se dégage : la prochaine décennie ne peut être une simple reconduction des investissements passés. Elle doit permettre de faire durer les acquis, renforcer les acteurs et créer les conditions d’une véritable valorisation économique et territoriale du pastoralisme.

Les pasteurs et agropasteurs doivent ainsi être considérés non comme de simples bénéficiaires, mais comme des acteurs de la gestion durable des terres, de la résilience climatique, de la sécurité alimentaire, de la biodiversité et de la paix. 

Comme le résume le président du RBM, l’enjeu des dix prochaines années est de passer d’une logique où l’on « investit pour les pasteurs, agropasteurs » à une logique où l’on « investit avec les pasteurs, agropasteurs et à travers leurs organisations »

À la COP17, dans le contexte de l’Année internationale des parcours et des pasteurs, le défi est désormais clair : investir à la hauteur de la contribution du pastoralisme et créer les conditions pour que les parcours, les communautés et les territoires qui en dépendent puissent durablement prospérer.

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