COP17 : les rideaux se referment à Oulan-Bator, entre avancées historiques et défi de la mise en œuvre

Oulan-Bator – La COP17 s’achève avec des avancées importantes pour les parcours et les communautés pastorales et agropastorales. Mobilité, savoirs pastoraux, restauration des terres et investissements ont occupé une place significative dans les discussions. Des motifs d’espoir, certes, mais aussi une attente forte : que les engagements pris se traduisent désormais par des changements concrets dans les territoires et dans la vie des communautés.

Les rideaux se referment progressivement sur la COP17 à Oulan-Bator, après plusieurs jours de discussions, de négociations et de mobilisation autour de l’avenir des terres, de la lutte contre la désertification et de la résilience face à la sécheresse.

Comme souvent dans les grandes négociations multilatérales, les discussions ont parfois été difficiles. Il fallait rapprocher des intérêts, des réalités et des priorités très diverses. Sous la conduite de la présidence mongole de la COP et du Secrétariat exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), les différentes parties ont néanmoins recherché les compromis nécessaires pour faire avancer l’agenda commun.

Pour les communautés pastorales et agropastorales, ces compromis ont permis plusieurs avancées qui méritent d’être soulignées.

Des avancées importantes pour les parcours et le pastoralisme

La COP17 marque en effet une étape importante dans la reconnaissance des parcours et du pastoralisme.

Les négociations ont permis des progrès substantiels autour de trois dimensions particulièrement importantes : la reconnaissance des pasteurs comme gardiens et gestionnaires essentiels des écosystèmes de parcours ; la reconnaissance de l’importance de la mobilité, y compris transfrontalière, pour le fonctionnement des systèmes pastoraux ; et la reconnaissance des savoirs pastoraux comme une contribution essentielle à la connaissance, à la gestion et à la restauration de ces écosystèmes.

Au-delà des formulations adoptées, ces avancées participent à une évolution plus profonde du regard porté sur le pastoralisme. Celui-ci ne doit plus être considéré seulement comme un secteur vulnérable qu’il faudrait accompagner, mais aussi comme un système de production, de gestion des ressources naturelles et d’adaptation à la variabilité climatique, dont les pratiques et les connaissances peuvent contribuer aux réponses mondiales face aux défis environnementaux et climatiques.

Cette reconnaissance politique s’est accompagnée d’un autre signal important : celui des investissements.

Parallèlement aux négociations, la COP17 a ainsi donné lieu à plusieurs initiatives et annonces de financements destinés à accélérer les actions en faveur de la restauration des terres et de la résilience face à la sécheresse.

Des gouvernements, banques de développement, fonds et acteurs privés ont annoncé un portefeuille de financements de 1,3 milliard de dollars américains concernant 23 pays sur cinq continents, à différents stades de développement. Ce portefeuille comprend 644,5 millions de dollars de nouveaux financements, dont 216,4 millions déjà confirmés et en cours de mise en œuvre.

La reconnaissance progresse donc, les engagements financiers également. Mais c’est précisément à ce stade qu’une autre question, sans doute la plus importante pour les communautés, se pose : que produiront concrètement ces engagements sur le terrain ?

De la reconnaissance à la réalité du terrain

Ces avancées constituent incontestablement des motifs d’espoir. Elles doivent être saluées. Mais l’expérience nous invite également à conjuguer optimisme et vigilance.

Au cours des dernières décennies, de nombreuses politiques, stratégies et déclarations favorables au pastoralisme ont été adoptées aux niveaux nationaux, régional et international. Pourtant, leur mise en œuvre reste encore inégale. Dans de nombreux territoires, les communautés pastorales et agropastorales continuent de faire face à des difficultés d’accès aux ressources, à la fragmentation des espaces pastoraux, à l’insécurité, aux restrictions de mobilité et à des services publics insuffisamment adaptés à leurs réalités.

Il ne s’agit donc pas de minimiser les avancées obtenues à Oulan-Bator, mais plutôt de rappeler que la véritable valeur des engagements internationaux se mesure à leur capacité à améliorer les réalités vécues sur le terrain.

C’est là que commence le véritable défi de l’après-COP17 : passer de la reconnaissance à l’action, de l’engagement à l’investissement, et de l’investissement aux résultats.

Mais réussir ce passage suppose plus que des financements. Il faudra également faire évoluer certaines manières de penser la restauration elle-même.

Restaurer les parcours, c’est aussi restaurer les conditions de la mobilité

Le premier changement de perspective concerne notre conception de la restauration.

Les parcours et le pastoralisme ne sont pas deux réalités séparées. Dans de nombreuses régions du monde, ils ont évolué ensemble et forment les composantes d’un même système. La santé des parcours dépend donc aussi de la capacité des systèmes pastoraux à fonctionner.

Restaurer les parcours ne peut, dès lors, signifier uniquement restaurer les sols, la végétation ou les points d’eau. Il faut également préserver et restaurer les conditions qui permettent à ces espaces de fonctionner : la mobilité des troupeaux, l’accès négocié aux ressources, les complémentarités entre territoires, la coopération entre communautés et la sécurité des personnes et des biens.

Autrement dit, on ne restaure pas durablement les parcours sans prendre en compte les systèmes humains, économiques et sociaux qui les font vivre.

Une terre restaurée mais devenue inaccessible aux communautés qui la gèrent et en dépendent ne constitue pas nécessairement une restauration réussie.

Cette manière différente de penser la restauration conduit logiquement à repenser aussi la manière dont nous la finançons.

Financer ce qui permet réellement au pastoralisme de fonctionner

La question ne devrait donc plus être uniquement : combien investissons-nous dans la restauration des parcours ? Elle devrait également être : que devons-nous financer pour que les parcours et les systèmes pastoraux continuent réellement à fonctionner ? Cette distinction est essentielle.

Les financements publics et privés devraient soutenir davantage la mobilité, les mécanismes négociés d’accès aux ressources, les systèmes d’information et d’alerte, les institutions collectives de gestion, la transmission et le renouvellement des savoirs pastoraux ainsi que des services publics adaptés aux modes de vie mobiles.

Mais investir dans le fonctionnement des systèmes pastoraux suppose également d’investir dans celles et ceux qui les organisent et les représentent.

Les organisations et institutions pastorales constituent, à ce titre, de véritables infrastructures sociales de la restauration et de la résilience. Elles facilitent la mobilité, organisent le dialogue, contribuent à la négociation de l’accès aux ressources, préviennent les conflits, produisent et partagent de l’information et assurent la transmission des savoirs entre générations.

Elles ne devraient donc plus être considérées uniquement comme des bénéficiaires ou des relais ponctuels de projets. Investir dans les parcours, c’est aussi investir durablement dans les organisations pastorales, dans leur autonomie, leurs compétences et leur capacité à participer aux décisions qui concernent leurs territoires et leur avenir.

Cependant, augmenter les investissements ne suffira pas. Encore faut-il s’assurer que les solutions financées ne produisent pas, à leur tour, de nouvelles contraintes pour les communautés qu’elles entendent soutenir.

Restaurer sans exclure

C’est là un autre enjeu majeur de l’après-COP17.

Les politiques climatiques et les programmes de restauration doivent veiller à ne pas créer, même involontairement, de nouvelles formes d’exclusion, de dépossession ou de fragmentation des territoires.

La restauration des terres ne doit pas conduire à fermer des espaces, à interrompre des continuités pastorales ou à restreindre les droits d’accès et de mobilité des communautés.

Au contraire, la transition écologique sera d’autant plus durable qu’elle sera construite avec les communautés qui vivent de ces territoires, les connaissent et contribuent depuis des générations à leur gestion.

Ainsi, reconnaître, investir et protéger doivent désormais avancer ensemble. C’est à cette condition que les engagements de la COP17 pourront véritablement ouvrir une nouvelle étape pour les parcours et le pastoralisme.

L’après-COP17 commence maintenant

En définitive, la COP17 aura permis de franchir une étape importante : passer progressivement de la reconnaissance du pastoralisme à des engagements plus explicites en faveur des parcours, de la mobilité, des savoirs et des communautés qui les font vivre.

C’est une avancée qu’il faut reconnaître et consolider.

Mais le chemin ne s’arrête pas à Oulan-Bator. Il faut désormais aller plus loin : passer de l’engagement à l’investissement, et de l’investissement aux résultats.

Tout au long de ce processus, le Réseau Billital Maroobe (RBM) a pris sa part dans cette dynamique, aux côtés des organisations pastorales et agropastorales, des États, des institutions régionales et internationales, des partenaires techniques et financiers, de la société civile et des différentes coalitions mobilisées durant la COP17.

Le RBM remercie l’ensemble de ces acteurs pour leur engagement et salue tout particulièrement l’accueil et l’hospitalité du peuple mongol.

La clôture de la COP17 ne signifie cependant pas la fin de la mobilisation. Elle ouvre, au contraire, une nouvelle phase : celle du suivi, de la mise en œuvre et de la redevabilité.

Il faudra désormais assurer une veille constante sur les engagements pris, suivre leur traduction dans les politiques publiques, les programmes et les mécanismes de financement, mais aussi veiller à ce que les communautés pastorales et agropastorales soient pleinement associées à leur conception et à leur mise en œuvre.

Pour le RBM et ses partenaires, l’après-COP17 commence donc avec une responsabilité à la fois simple et exigeante : contribuer à transformer les engagements internationaux en changements visibles dans les territoires et dans la vie des communautés pastorales et agropastorales.

Car, au bout du compte, le succès de la COP17 ne se mesurera pas seulement au nombre de décisions adoptées ou aux milliards annoncés. Il se mesurera surtout à notre capacité collective à faire en sorte que les parcours restent vivants, que la mobilité demeure possible, que les savoirs pastoraux continuent de se transmettre et que les femmes, les hommes et les jeunes qui font vivre le pastoralisme puissent construire leur avenir dans la dignité et la résilience.

Les rideaux se referment donc à Oulan-Bator. Mais pour les parcours et les communautés pastorales et agropastorales, l’essentiel commence maintenant : faire vivre les engagements pris.

Pour aller plus loin : conclusions officielles de la COP17 publiées par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD).

https://www.unccd.int/news-stories/press-releases/unccd-cop17-advances-new-pathways-land-

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